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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 19:02

petit_20prince.jpg

 

 

Bonjour !

Voici un texte qui me trouble toujours autant. Quelle est selon vous l'idée essentielle de ce passage? Qu'est ce qu'il vous inspire?

Vos commentaires sont les bienvenus.

Marie

 

 

 

VII

Le cinquième jour, toujours grâce au mouton, ce secret de la vie du petit prince me fut révélé. Il me demanda avec brusquerie, sans préambule, comme le fruit d’un problème longtemps médité en silence :

« Un mouton, s’il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs ?

— Un mouton mange tout ce qu’il rencontre.

— Même les fleurs qui ont des épines ?

— Oui. Même les fleurs qui ont des épines.

— Alors les épines, à quoi servent-elles ? »

Je ne le savais pas. J’étais alors très occupé à essayer de dévisser un boulon trop serré de mon moteur. J’étais très soucieux car ma panne commençait de m’apparaître comme très grave, et l’eau à boire qui s’épuisait me faisait craindre le pire.

« Les épines, à quoi servent-elles ? »

Le petit prince ne renonçait jamais à une question, une fois qu’il l’avait posée. J’étais irrité par mon boulon et je répondis n’importe quoi :

« Les épines, ça ne sert à rien, c’est de la pure méchanceté de la part des fleurs !

— Oh ! »

Mais après un silence il me lança, avec une sorte de rancune :

« Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont naïves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines… »

Je ne répondis rien. À cet instant-là je me disais : « Si ce boulon résiste encore, je le ferai sauter d’un coup de marteau. » Le petit prince dérangea de nouveau mes réflexions :

« Et tu crois, toi, que les fleurs…

— Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien ! J’ai répondu n’importe quoi. Je m’occupe, moi, de choses sérieuses ! »

Il me regarda stupéfait.

« De choses sérieuses ! »

Il me voyait, mon marteau à la main, et les doigts noirs de cambouis, penché sur un objet qui lui semblait très laid.

« Tu parles comme les grandes personnes ! »

Ça me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta :

« Tu confonds tout… tu mélanges tout ! »

Il était vraiment très irrité. Il secouait au vent des cheveux tout dorés :

« Je connais une planète où il y a un monsieur cramoisi. Il n’a jamais respiré une fleur. Il n’a jamais regardé une étoile. Il n’a jamais aimé personne. Il n’a jamais rien fait d’autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi : "Je suis un homme sérieux !  Je suis un homme sérieux !" et ça le fait gonfler d’orgueil. Mais ce n’est pas un homme, c’est un champignon !

— Un quoi ?

— Un champignon ! »

Le petit prince était maintenant tout pâle de colère.

« Il y a des millions d’années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d’années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n’est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien ? Ce n’est pas important la guerre des moutons et des fleurs ? Ce n’est pas sérieux et plus important que les additions d’un gros monsieur rouge ? Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n’existe nulle part, sauf dans ma planète, et qu’un petit mouton peut anéantir d’un seul coup, comme ça, un matin, sans se rendre compte de ce qu’il fait, ce n’est pas important ça ! »

Il rougit, puis reprit :

« Si quelqu’un aime une fleur qui n’existe qu’à un exemplaire dans les millions et les millions d’étoiles, ça suffit pour qu’il soit heureux quand il les regarde. Il se dit : "Ma fleur est là quelque part…" Mais si le mouton mange la fleur, c’est pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s’éteignaient ! Et ce n’est pas important ça ! »

Il ne put rien dire de plus. Il éclata brusquement en sanglots. La nuit était tombée. J’avais lâché mes outils. Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la mort. Il y avait sur une étoile, une planète, la mienne, la Terre, un petit prince à consoler ! Je le pris dans les bras. Je le berçai. Je lui disais : « La fleur que tu aimes n’est pas en danger… Je lui dessinerai une muselière, à ton mouton… Je te dessinerai une armure pour ta fleur… Je… » Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais très maladroit. Je ne savais comment l’atteindre, où le rejoindre… C’est tellement mystérieux, le pays des larmes !

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Published by marie.nature. - dans LIVRES
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commentaires

Anne-Laure 08/02/2011 10:21



Tout est relatif! je suis réputée pour être une grande raleuse. Pas plus tard que dimanche je désherbais en me disant: quelle poisse toute cette mauvaise herbe...mais NON! je ne mettrai pas de
desherbant!!!et puis au détour d'une pierre, une jolie coccinelle (une vraie! une française!) toute jolie toute brillante...quelle douceur pour mes yeux et du coup pour mon coeur...le travail
terminé, je ne reteins que la visite de la coccinelle...et le soulagement tout de même (un peu de fierté aussi?) du travail achevé.C'est une goutte d'eau dans cet océan de maltraitance de la
planète, mais quel vrai petit bonheur!Sinon, je ne pense pas que les moutons mangent les épines (bon là je chipote!). Et comme on peut se reconnaitre dans l'homme qui se dit sérieux! mais comme
aussi on essaie de rester un tantinet ce petit Prince, car rien ne vaut la candeur d'un enfant. Au passage je viens d'achever "Oser parler philo avec ses enfants" de Roger-Pol DROIT, ce fut très
riche!ps: non Marie je n'ai pas fumé la moquette...merci à toi pour ton blog!



marie.nature. 10/02/2011 20:42



Non, je ne doute pas de ta sobriété Anne Laure! Tu es un peu comme moi: Tombée dedans quand tu étais petite!



séverine 01/02/2011 12:45



regarder avec le coeur appartient certainement qu'au plus pur c'est pourquoi on a tant besoin de nos enfants pour nous ramener éternellement à l'important. L'important pour qui d'ailleurs? nous
adultes nous avons été beaucoup trop contaminé par la vie pour observer, écouter, toucher.Qui peu dire qu'il écoute  et surtout entend les oiseaux autours de nous réellement, je serai
surprise de la réponse donnée. Bon assez épilogué à la lecture maintenant!!! merci marie pour ce petit temps de questionnement



Claire 30/01/2011 09:00



Marie, écris-nous ce qui te touche dans ce texte ! Personne d'autre que toi saura déchiffrer ce qu'il te procure.


Je viens de relire quelques passages du Petit Prince.
Je suis en train d'éplucher une mandarine, et je me demande quels paysages elle connait. Elle est née quelque part au Maroc je crois. En mangeant ses quartiers, je l'écoute me conter ce qu'elle
connait du monde, le nombre de lever et coucher de soleil qu'elle a vus, la voix de l'homme qui lui a donné à boire, la main de celui qui l'a cueilli, les mots entendus pendant son voyage. Je
l'écoute clamer du fond de mon estomac les nouvelles du monde, la température, la poussière.


Ce livre a réveillé en moi l'enfant qui somnole. Je crois que j'ai envie de continuer le texte d'Antoine de Saint-Exupéry. Tu nous prépares un thème d'atelier d'écriture ?



marie.nature. 30/01/2011 17:47



Ce qui me parle le plus, c'est la relativité de tout!  Ce que j'en retiens c'est une belle leçon: Restons Lé-ger! J'ai tendance à prendre les choses très à coeur, très au sérieux, à y mettre
beaucoup d’énergie. Cela n'est pas utile, et d'ailleurs, il ne reste pas grand chose de si important quand on regarde bien... 



colette 30/01/2011 00:16



La guerre des moutons et des fleurs ? OUI  ELLE EXISTE !


Quand ils vivent dans une nature … naturelle, les moutons sont friands de genêts: jolies fleurs jaune-soleil et odorantes bien connues. Quand les moutons deviennent nombreux et que tous les
genêts risquent de disparaître dans leurs estomacs, il se passe quelque chose qui a rendu bê… bê… béats nos chers scientifiques: les plantes qui ont survécu  fabriquent en
quantité, une substance qui a un effet contraceptif  et qui donc… limite le nombre des moutons !


C’est de l’écologie appliquée, nous n’avons rien inventé !


Je regardais hier soir un documentaire sur l’homme de Néandertal, il a vécu 200 000 ans en harmonie avec son milieu, et nous qui nous disons « sapiens » en quelques millénaires,
nous avons ravagé la planète au point que notre survie est  mise en question … Nous n’avons qu’une planète, elle est magnifique, mais nous avons perdu l’amour qui nous la
rendait unique comme la fleur du Petit Prince est unique.



marie.nature. 30/01/2011 17:26



Et oui... Ton histoire de genêts me fait penser à la laine de cachemire prélevée sur les chèvres de Mongolie. Le nombre de chèvre a
énormément augmenté ces dernières années pour satisfaire la demande européenne (qui n'a jamais rêvé d'un beau pull en cachemire?!). Les chèvres pashmina en surnombre ont alors dévasté les steppes
Mongole. résultat: Eco système déséquilibré : Les chèvres n'ont plus rien à brouter, on leur donne alors parfois du maïs mais elles sont amaigries, tombent malades... Côté nature: La
désertification (les premières dunes sont désormais à 80 km au nord de Pékin) cause des tempêtes de sable. Jusqu'à 300 000 tonnes de poussières jaunes et de sable peuvent alors s'abattre sur la
ville de Pékin! Pour aider d'ici, une seule chose à faire : Ne pas acheter de produit en laine de cachemire!



Tremblay Yves 29/01/2011 19:52



Mystérieuse atmosphère que celle du Petit Prince... Mélange de rêve et de réalité, poésie simple et naïve ( pas tant que çà ! ), confrontation
entre l'enfant et l'adulte, qui se trompe souvent car il ne sait plus regarder la vie avec des yeux d'enfant.


Conte merveilleux qui permet de remettre certaines convictions en cause: voulons-nous, nous aussi, être des caricatures comme celles rencontées dans ce voyage? Sommes-nous aptes à regarder "avec
le coeur" ? Ce livre nous y aide !



marie.nature. 30/01/2011 17:40



Mais est ce possible de regarder la vie avec des yeux d'enfant? De continuer à rester émerveillé par la nature? La plupart d'entre nous, avons à peine le temps de respirer! Prendre le temps de
contempler la nature est devenu un luxe! Et le rythme, "métro-boulot-dodo" nous empêche de prendre le temps de la réflexion, de s'arrêter et de se poser la question: Qu'est ce qui est vraiment
important pour moi, qu'est ce qui reste sérieux au fond? Sans cet "arrêt sur image", je pense qu'effectivement il est très facile de tomber dans les différentes caricatures décrites par le petit
prince... 


Et puis, qu'est ce que "regarder avec le coeur"? N'est ce pas aussi dangereux? Cela s'oppose t'il à "regarder avec Raison?